Affaire Jonathan: compte rendu de la troisième (dernière) journée du procès

Justice enfin rendu pour Jonathan!!!

La présidente commence par relire les textes définissant la légitime défense.

Ensuite vient l’audition de Luc F., il décrit d’abord le déroulement des faits.

Il dit qu’il pensait pouvoir compter sur la caméra, installée au-dessus de la boulangerie par la gendarmerie, expliquant que c’est pour cette raison qu’il n’a jamais rappelé les gendarmes concernant les barreaux sciés.

Il dit que la peur augmentait de jour en jour et décide : « dimanche je pars dans le Lot et je prends les cartouches ».

Il rentre donc le dimanche soir du Lot après avoir récupéré les cartouches pour le fusil et décide de dormir en bas dans sa réserve.

Avant de se coucher, avec le conseil de sa sœur Isabelle, il décide d’installer les chaises reliées à une table se situant de l’autre côté de la salle avec du fil de pêche. Il dit ensuite se coucher.

A 2h25 du matin il a entendu un bruit sourd dit-il, il saute du lit, monte chercher l’arme resté dans sa chambre à l’étage, la charge tout en parlant à sa sœur. Il redescend suivi de sa sœur et il entend les chaises tomber. Il dit passer côté « bar » et voit une silhouette suivi d’une deuxième qui met le pied sur la marche du bar.

Il tire par peur dit-il à 1m-1m50 de la première silhouette, il avance en passant sur le côté du corps de Jonathan tombé sous la première balle, et tire un second coup pour faire fuir l’autre, selon lui.

Il dit qu’il allume la lumière et voit un jeune au sol et dit « merde quelle connerie ». Il rajoute qu’il est triste et dit « moi, j’aime sa maman Estelle ». Il dit à Ugo qu’il souhaite qu’il ait des enfants et qu’il les élève bien que ce sera une forme de rédemption.

A Estelle il dit « à cette maman je dis que j’ai un regret immense ».

Question de la juge : Au niveau du chargement du fusil vous aviez dit que le fusil était chargé et là depuis 2 jours il ne l’était plus ?

Luc F. change de version et ne sait pas trop expliquer mais pour lui cela n’a pas une importance capitale. Il dit qu’il peut raconter n’importe quoi par colère et qu’à ce moment-là il n’était pas dans le calcul mais dans l’action.

Question d’un juré : lorsqu’un enfant à peur dans le noir, que fait-on ?

Luc F. n’a pas su répondre, la juré qui a posé la question a dû lui répondre que dans ce cas-là on allume la lumière.

Question d’un juré : pourquoi ne pas avoir rappelé les gendarmes ?

Luc F. qui considère les gendarmes de Lavaur comme des « handicapés » et dit qu’il pense être au centre d’un complot de leur part.

Question de la juge : les détecteurs de présence existaient dans le bar mais ne marchaient pas, pourquoi ne pas les avoir réparés ?

Luc F. dit qu’il n’y avait pas pensé.

Question d’un juré : vous avez quand même fanfaronné dans votre bar avec le fusil en main ?

Luc F. se défend en disant « vous avez vu l’individu qui est venu témoigner de cela ».

Question de Maître Maisonneuve : d’où vient ce fusil en question ?

Luc F. explique qu’un client l’a acheté à la bourse aux d’armes organisée à Lavaur et lui a demandé de la lui garder. Ce client ne viendra jamais la rechercher et Luc F. n’a pas son identité.

Maître Maisonneuve termine en relevant qu’un fusil lui est donné……. des cartouches sont trouvées….. tout cela n’est pas clair.

Après l’audition de Luc F. c’est le moment des plaidoiries.

Maître Cohen débute et insiste à de nombreuses reprises en prononçant « on n’est pas sérieux quand on a 17 ans » et passe sur un « on n’est pas sérieux quand on a 50 ans » au fur et à mesure de sa plaidoirie en parlant des comportements de Luc F.

Sa plaidoirie a été poétique voire philosophique avec beaucoup de profondeur et de sérieux. Il a parlé de l’importance de ce verdict dans le choix de société que nous souhaitons.

Maître Maisonneuve a été plus pragmatique dans sa plaidoirie que Maître Cohen, il a insisté sur le fait que l’on ne pouvait pas retenir la légitime défense dans cette affaire. Il a clairement expliqué aux jurés que c’était le même avocat général qui avait requis le non-lieu en février devant la chambre de l’instruction et de ce fait qu’il resterait sûrement sur sa première position. Il a dit que l’avocat général avait été controversé par 5 autres magistrats tout au long de la procédure, ce qui a permis aujourd’hui d’être aux assises et qu’il ne fallait pas que les jurés soient influencés car il était finalement le seul à penser que c’était de la légitime défense.

L’après-midi a commencé avec le réquisitoire de l’avocat général qui a pris la tournure d’une plaidoirie en faveur de la défense de 2h. Il s’est attaché longuement à démontrer que le cafetier était en légitime défense pour conclure il a requis l’acquittement.

Pour finir Maître Cathala à plaider en reprenant les propos de l’avocat général. Il a lâchement attaqué Maître Cohen en évoquant une autre affaire similaire dans laquelle ce dernier défendant un commerçant attaqué avait obtenu l’acquittement de son client …..Il a évoqué aussi la responsabilité d’Ugo dans la mort de Jonathan, il a nouveau reparlé de l’affaire d’un couple cambriolé, attaqué dont le mari est décédé….. Il a terminé en demandant l’acquittement.

Les délibérés ont duré environ 3h.

Et le verdict tombe : Luc F. est jugé coupable du meurtre de Jonathan et la légitime défense n’a pas été retenue. Cela a été motivé par la disproportion de la réponse. Il a été condamné à 7 ans de prison ferme et partira en maison d’arrêt directement du tribunal ce soir.

 

Le procès civil a eu lieu en suivant, des dommages et intérêts ont été demandés par les avocats de la partie civile puis après délibération de la présidente et des 2 assesseurs des sommes ont été accordées aux titres du préjudice moral et au remboursement des frais de justice à Estelle, Elsa, Babeth et Azedine.

 

source:Association Jonathan